Comment la tokenisation transforme-t-elle la finance traditionnelle ? Entretien avec Alexandre Chessé de Fireblocks
En plein développement, la tokenisation est en passe de transformer durablement le paysage de la finance traditionnelle. Pour comprendre les enjeux qui sont à l'œuvre, nous avons échangé avec Alexandre Chessé de Fireblock, qui assiste aux premiers rangs à la révolution en cours.
Si nous en parlons depuis plusieurs années, la tokenisation de la finance traditionnelle a pris un essor considérable depuis plus d’un an maintenant. Afin de prendre la température de cette montée en puissance, nous sommes allés à la rencontre d’Alexandre Chessé, responsable des ventes de la région EMEA chez Fireblocks.
À ce jour, Fireblocks accompagne 2 400 entreprises avec des solutions de garde, de tokenisation et de paiements, et revendique 550 millions de wallets et 10 000 milliards de transactions.
🔎 Qu'est-ce que la tokenisation et quels secteurs transforme-t-elle ?
La finance traditionnelle migre vers la tokenisation
Avez-vous identifié un point de bascule ces dernières années concernant l’essor de la tokenisation ?
![]()
Plutôt qu’un point de bascule unique, ce que nous observons est la convergence de multiples forces : les avancées des infrastructures blockchain, la familiarisation croissante des institutions avec les actifs numériques, ainsi qu’une pression accrue sur les systèmes financiers traditionnels pour fonctionner avec davantage d’efficacité et de résilience.
Le mois dernier, nous sommes revenus sur la courte panne subie par le London Metal Exchange. Cette dernière s’inscrit dans la continuité d’autres pannes mineures d’autres exchanges, mais bien qu’anecdotiques, celles-ci « mettent en évidence la fragilité des infrastructures de marché centralisées et la nécessité d’alternatives » pour reprendre les mots d’Alexandre :
![]()
Lorsqu’une place de trading essentielle est perturbée, la formation des prix est interrompue et les acteurs du marché perdent la capacité de gérer leur risque en temps réel. Ce type d’incidents renforce l’argument en faveur d’un accès aux marchés distribués et toujours ouverts, et accélère l’exploration institutionnelle d’alternatives tokenisées.
Par ailleurs, si les heures d’ouverture des marchés européens, asiatiques et américains offrent déjà une flexibilité importante, les différents fuseaux horaires ne permettent pas pour autant une véritable continuité des échanges, ce que règle la tokenisation :
Investissez dans des actions tokénisées avec Kraken![]()
Le passage vers des marchés ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 agit également comme un moteur, car la possibilité de déplacer des collatéraux en continu introduit des gains d’efficacité significatifs. La tokenisation représente un gain d’efficacité immédiat de 30 %, car elle permet à la journée globale d’être réellement de 24 heures, plutôt que dans le système actuel où les capitaux restent bloqués dans des fuseaux horaires pendant au moins 8 heures.
Les avantages et inconvénients de ce nouveau modèle
Comme toute pile technologique, la tokenisation offre certes des avantages, mais aussi des inconvénients. Nous avons donc demandé son avis à Alexandre, qui commence par synthétiser quelques cas d’usage qui étaient inaccessibles jusque-là, ou tout du moins plus difficiles à mettre en œuvre :
![]()
La tokenisation apporte des gains d’efficacité clairs pour la finance traditionnelle. Elle peut raccourcir les cycles de règlement, réduire le risque de contrepartie et rationaliser les opérations en limitant le recours aux intermédiaires. Elle permet également une propriété plus granulaire, des actifs programmables et la possibilité de marchés continus, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, améliorant ainsi la formation des prix et la résilience en période de stress de marché.
À l’inverse, cette disruption technologique doit encore se défaire de quelques limites, qui seront abolies au fil du temps :
![]()
La liquidité demeure fragmentée dans des marchés encore émergents, la clarté réglementaire est toujours en évolution, et l’intégration des systèmes tokenisés avec les infrastructures existantes peut être complexe et gourmande en ressources.
Dès lors, Alexandre Chessé souligne que la tokenisation s’apparente à « une couche complémentaire à l’infrastructure de marché existante », venant ainsi « renforcer les systèmes actuels plutôt que les remplacer » :
![]()
Il n’y a par ailleurs aucune raison de tokeniser des actifs sans nécessité. Si la tokenisation ne résout pas un problème concret, elle ne suscitera pas de demande. Adopter une approche mesurée et réfléchie, en évaluant au cas par cas le problème que la tokenisation cherche à résoudre, constitue selon moi l’approche la plus mature.
💡 Quelles sont les meilleures plateformes pour acheter des actions tokenisées ?
Du côté de l’investisseur, quelques points d’attention doivent être gardés à l’esprit. C’est d’ailleurs l’un des sujets sur lesquels nous pouvons vous encourager à être attentif, notamment en ce qui concerne les actions tokenisées vis-à-vis des droits associés. Pour Alexandre, une attention particulière doit effectivement être portée aux droits juridiques et économiques permis par le token :
Découvrir comment bien investir dans Bitcoin (et protéger son épargne) avec la méthode Stratège![]()
Cela inclut la clarté des droits de propriété, la question de savoir si le token constitue une créance directe sur l’actif sous-jacent, et la manière dont ces droits sont effectivement appliqués. La structure juridique encadrant la conservation et le règlement est tout aussi essentielle, tout comme la transparence concernant les réserves, la collatéralisation et les audits. Il est également crucial de pouvoir se fier à l’infrastructure sous-jacente. Les investisseurs doivent avoir confiance dans le fait que les systèmes qui soutiennent l’émission, le transfert et le règlement sont sécurisés, transparents et résilients.
Quelle blockchain choisir ?
Côté technique, une bascule semble être à l’œuvre ces derniers mois. Historiquement, la plupart des acteurs de la finance traditionnelle qui s’intéressaient à la tokenisation le faisaient sur des blockchains privées. Le cas le plus emblématique est par exemple celui de JPMorgan avec sa division Onyx, aujourd’hui renommée Kinexys Digital Payments. À présent les blockchains publiques arrivent en force, l’un des derniers exemples en date étant le fonds tokenisé d’Amundi et de Spiko sur Ethereum (ETH) et Stellar (XLM).
Pour Alexandre Chessé, le choix d’un modèle plutôt qu’un autre répond à différentes problématiques :
![]()
Il n’existe pas de préférence universelle, et le choix dépend fortement du cas d’usage. Les blockchains privées et permissionnées ont parfois été privilégiées par les institutions financières traditionnelles par le passé, car elles offrent un meilleur contrôle en matière de gouvernance, de confidentialité des données et de conformité. Ces environnements s’alignent davantage sur les exigences réglementaires existantes et les cadres internes de gestion des risques. À l’inverse, les blockchains publiques offrent une participation ouverte, un potentiel de liquidité plus profond et une meilleure interopérabilité. Ces caractéristiques sont particulièrement précieuses pour les actifs qui bénéficient d’une distribution mondiale et d’effets de réseau.
Face à ces différentes visions, Fireblock propose ainsi d’assurer la liaison :
Long ou short plus de 100 cryptos avec Hyperliquid![]()
L’interopérabilité et la capacité à combler les écarts entre différentes blockchains et systèmes constituent un rôle clé joué par Fireblocks, et ce rôle ne cesse de croître. La complexité et la nature fragmentée des infrastructures blockchain représentent un défi d’infrastructure qui doit être pris en charge par des acteurs spécialisés et hautement fiables ; sans cela, le système ne peut pas fonctionner dans son ensemble.
Les défis à relever pour une adoption de masse
Si l’adoption est là, nous n’en sommes encore qu’aux prémices de la tokenisation. Dès lors, quelques obstacles doivent encore être franchis avant une véritable adoption généralisée. De son point de vue, Alexandre estime que ces freins peuvent avoir plusieurs origines :
![]()
Les principaux freins à une adoption plus large ne sont pas technologiques, mais structurels, institutionnels et, dans une certaine mesure, juridiques. La liquidité reste l’une des contraintes les plus importantes. Les marchés tokenisés ont besoin d’une profondeur et d’une activité suffisantes pour fonctionner efficacement, et de nombreuses classes d’actifs tokenisés en sont encore aux premiers stades de leur développement. La clarté réglementaire est un autre facteur critique. Les institutions ont besoin de cadres juridiques bien définis couvrant les droits de propriété, la conservation des actifs, la finalité des règlements et la conformité transfrontalière. Sans cette clarté, la participation à grande échelle reste limitée.
Par ailleurs, les institutionnels doivent encore s’habituer à une nouvelle manière de travailler. Plus qu’un simple nouveau format d’actifs, Alexandre décrit la tokenisation comme « une transformation de la manière dont les actifs sont émis, gérés et transférés ». Dès lors, cela implique de nombreux changements, « ce qui demande du temps à être mis en œuvre ».
La Newsletter crypto n°1 🍞
Recevez un récapitulatif de l'actualité crypto chaque jour par mail 👌
Certains contenus ou liens dans cet article peuvent être de la publicité. Cryptoast a étudié les produits ou services présentés, mais ne saurait être tenu responsable de tout dommage ou perte liés à leur usage. Investir dans les cryptomonnaies comporte des risques. N'investissez que ce que vous êtes prêt à perdre.
